Partie I Section III

Section III : Les sources des ventes des entreprises.

1ère source des ventes d'une entreprise :
Elles viennent de la consommation. Dès l'époque de Keynes, la consommation représente à peu près les ¾ des ventes des entreprises américaines. Ce pourcentage n'a pas changé d'ailleurs. Ford, qui lance au début des années 20, la production automobile de masse, va comprendre que, pour augmenter les ventes de ces voitures, il doit payer des salaires suffisamment élevés. C'est le Fordisme, auquel Keynes fait référence. Plus les entreprises parient sur une croissance de la consommation, plus elles vont augmenter l'emploi. Mais inversement, si les entreprises sont certaines qu'il va y avoir une réduction de la consommation, elles vont réduire l'emploi et le chômage augmentera.

Reste alors la question, qu'est-ce qui peut faire baisser la consommation?
La baisse du pouvoir d'achat des ménages. Les salaires baissent, du même coup, la consommation s'écroule et le chômage augmentera encore plus.
Ou bien également les pertes subies par les petits actionnaires en bourse.
Ou bien enfin, ce qui selon Keynes était peut-être la cause principale : la peur de l'avenir. Plus les gens ont peur de voir leurs revenus baisser, plus ils vont chercher à garder une partie de leur revenu au lieu de le dépenser. Plus les ménages ont peur de l'avenir, et plus ils cherchent à se protéger en épargnant et ainsi, plus la consommation va baisser et plus le chômage augmente. D'où la phrase célèbre « l'épargne est peut-être une vertu privée, c'est certainement un vice public et le pire des vices publics puisque la volonté d‘épargner crée du chômage ».

En résumé :
Vision orthodoxe classique : « à bas la consommation ».
Vision Keynésienne : « vive la consommation ».

2ème source des ventes d'une entreprise :
L'investissement c.à.d. une partie de la production va être achetée par les entreprises elles-mêmes pour augmenter leurs équipements. Mais, Keynes dit « finalement, dans une économie moderne, de quoi dépend l'investissement? Pourquoi les entreprises vont décider d'augmenter leur équipement? » Parce qu'elles espèrent pouvoir vendre encore plus dans l'avenir. Donc, finalement, ce qui pousse l'investissement, ce sont les paris sur l'évolution future de la consommation.

3ème source des ventes d'une entreprise :
Les dépenses publiques. Celles-ci jouent un rôle encore beaucoup plus important qu'elles ne jouaient à l'époque de Keynes. Ne serait-ce que parce qu'une partie croissante de l'emploi est dans la fonction publique.

Ce sont des paris pessimistes des entreprises sur l'évolution de la consommation qui entraînent l'augmentation du chômage et aussi longtemps que les entreprises n'auront pas changé leurs anticipations, rien ne pourra être fait.

Que faire alors? Comment s'arranger pour que les entreprises aient une vision de l'avenir suffisamment optimiste pour garantir le plein emploi?

La conception classique libérale ou orthodoxe. Pour Keynes, le chômage est obligatoirement involontaire et sa cause réside dans le fait que les entreprises parient sur une demande future trop faible pour leurs ventes. Pourquoi le terme parier est il important? Parce que pour Keynes, qui était l'un des meilleurs mathématiciens de son époque, l'avenir est totalement imprévisible.

§1. La consommation.

De quoi dépendent ces paris des entreprises? De quoi dépendent les ventes d'une entreprise?
Tout d'abord de la consommation qui représente à peu près les 2/3 des ventes globales des entreprises. Une des raisons pour lesquelles les entreprises vont réduire l'emploi c'est qu'elles s'attendent à une réduction de la consommation.

Mais pourquoi pourrait-elle se réduire?
2 raisons envisagées par Keynes et reprises par Krugman et une série d'auteur :
Les salaires tendent à baisser, et plus les salaires sont faibles, plus la consommation est faible. Même si le crédit à la consommation existe, les ménages ne peuvent espérer le rembourser que s'ils prévoient un accroissement de leur salaire.


Le salaire est d'une part dépensé en consommation et pour le reste, il est épargné. L'épargne c'est la différence entre le revenu et la consommation. Pour les économistes dits classico-libéraux ou orthodoxes ou conservateurs, plus on épargne, c.à.d. moins on consomme, plus la société s'enrichit. Dans une économie moderne (une économie qui n'est plus une économie villageoise d'ancien régime dans laquelle la monnaie n'existait pas ou bien une économie de l'ancien modèle soviétique), plus les ménages économisent, moins les entreprises peuvent vendre et donc elles vont de plus en plus réduire leur production en réduisant l'emploi. Keynes arrive donc à une conclusion qui est aujourd'hui regardée comme plus actuelle qu'elle ne l'était à son époque, si l'on veut vraiment augmenter l'emploi, on doit inciter les ménages à épargner moins. « L'épargne est une vertu privée mais c'est un vice public car plus la société épargne, plus elle s'appauvrit ».

Comment inciter les ménages à épargner moins?
Comment Keynes lui-même explique-t-il la tendance des ménages pauvres ou des classes moyennes à épargner?

Parce qu'ils ont peur de l'avenir et notamment plus les ménages ont peur du chômage, plus les ménages ont peur de la baisse de salaire et plus ils vont s'efforcer d'épargner. Le résultat sera un chômage croissant.

§2. L'investissement.

Pour les économistes orthodoxes, l'investissement ne dépend que de l'épargne c.à.d. que à mesure que la société réduit sa consommation dans la vision orthodoxe, elle va automatiquement accroître l'accumulation du capital. Donc elle investira.

La réponse de Keynes est non, nous sommes dans une économie monétaire, les entreprises ne désirent investir que pour répondre à un accroissement de la consommation mais encore faut-il qu'elles puissent financer leurs dépenses. Donc ce que l'on appelle aujourd'hui la crise de liquidité est un phénomène parfaitement analysé par Keynes, les banques ne veulent plus financer les dépenses productives des entreprises. L'économie ne dispose pas d'une quantité suffisante de monnaie pour atteindre le plein emploi et c'est pourquoi les banques ne veulent-elles plus accorder de crédit ni aux entreprises pour l'investissement ni aux ménages, ce qui est le cas aujourd'hui.


Elles ont en effet subi des pertes considérables du fait de leur crédit spéculatif et aujourd'hui elles ont tellement peur de subir des pertes que le crédit est complètement bloqué donc l'économie n'a plus de liquidité pour se financer.

§3. Les dépenses nettes de l'Etat.

Ce sont les déficits c.à.d. les dépenses moins les impôts. Keynes est l'un des premiers à constater que l'État dans une économie moderne est une source de commande pour les entreprises, plus l'État maintient un déficit budgétaire important c.à.d. plus il augmente ses dépenses sans augmenter les impôts, plus ils créent des commandes et plus l'emploi augmentera. Encore faut-il que l'État puisse dépenser. Il ne peut dépenser que s'il a suffisamment de monnaie à sa disposition.

D'où peut venir cette monnaie? À l'époque de Keynes comme aujourd'hui elle provient de la BCE (Banque Centrale Européenne).
Par conséquent, Keynes en définitive arrive à la conclusion que si le chômage involontaire augmente c'est parce que les dépenses des ménages, des entreprises et de l'État sont trop faibles et si elles le sont c'est parce qu'il y a un manque de liquidité, le système bancaire y compris la BCE ne crée pas suffisamment de monnaie.

Mais si le chômage involontaire existe, est-ce qu'il faut vraiment vouloir le supprimer? Est-ce que la société doit se donner comme objectif le plein emploi?
Le plein emploi est la situation où tous ceux et celles qui désirent travailler dans des conditions normales pour obtenir un revenu trouvent effectivement un emploi. Le plein emploi au sens Keynésien va très au-delà du chômage officiellement enregistré par les Etats, il comprend toutes les catégories de ménages qui vivent ou bien sont obligés de vivre de revenus relevant de l'assistance et étant très faibles, ou bien sont obligés de travailler beaucoup moins qu'ils ne le souhaiteraient.

Pour ce qui est encore aujourd'hui la doctrine officielle en Europe et notamment au ministère des finances français, à la commission européenne et surtout à la BCE, à la question faut-il atteindre le plein emploi, la réponse est catégoriquement non. La BCE en particulier maintient qu'il existe un taux naturel de chômage c.à.d. un taux de chômage jugé indispensable et ce taux elle l'évalue en chiffres officiels pour la France à 9,5% de la population active.

Pourquoi ce taux de chômage est-il tellement jugé indispensable?
Pour la BCE, le taux naturel de chômage officiel est celui qui devrait supprimer le pouvoir de négociation des salariés et donc qui permettrait une baisse des salaires qui devrait garantir la stabilité absolue des prix. Pour les autorités européennes, l'analyse de Kaldor n'a aucun sens puisqu'il admettait que le plein emploi était totalement compatible avec un équilibre de la balance commerciale qui pouvait être en équilibre avec le budget.

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